Passerelle Eco n°3 : Michel construit une SCI familiale à partir d'un réseau amical.

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"Capital Social"

d'un réseau amical
vers une SCI familiale

Contexte :

1) A la demande des gros semenciers liés aux biotechnologies, il est interdit de produire et de commercialiser des variétés de graines traditionnelles et non répertoriées sur le catalogue officiel très restrictif. Pourtant ces graines sont résistantes, variées, adaptées. Consulter sur le sujet le dossier Passerelle d'Hiver "la graine à l'origine" (au format PDF).

2) Depuis deux ans en Lozère, les producteurs de fromage de chèvres ont du se conformer aux normes sanitaires pour l’eau, et tous les producteurs non raccordés au réseau d’eau d’aduction ont du fermer. Pourtant, comme le rappelle la confédération paysane, tous les cas de listériose (et autres !) sont le fait d’installation industrielles. (pas artisanales)
Consulter sur le sujet la pétition de Droit Paysan "Sauvons nos marchés!"

N’y aurait-t-il pas moyen de vivre en dehors du réseau unique payant officiel ?

C’est à chacun de s’organiser, en coopératives de producteurs, coopératives de vente, coopératives de consommateurs.

Ça rentre dans mon projet, faire des liens entre les exploitations. Prévoir des techniques de culture pour les producteurs, suivre les marchés et sécuriser. Revivifier les marchés de gré à gré, qui réduisent les intermédiaires, surtout les transports, et permettre aux personnes d’écouler leur production directement auprès des particuliers, des restaurateurs etc…

C’est cet intérêt qui a motivé mon projet et grâce auquel des gens ont adhérer à ma démarche et ont permi qu’il se réalise.

Ce n'était pas un projet dans le vide, simplement parce que j’étais au RMI.

C’était un projet de vie, pour une activité qui soit un mode de vie en elle-même et qui me permette aussi de gagner de l’argent : des ressources vivrières plus un surplus.

 

A un moment, j’ai fais le point sur le possible et sur ce que j’ai envie de faire.

Je me suis demandé :
- de quels moyens je dispose ?
- Quels sont mes atouts ?
- Dans quels domaines je me sens à l’aise ?
- Où est-ce que j’ai du plaisir à travailler ?

Y a une question de maturité aussi. Avant d’en arriver là, je me suis laissé le temps : j’ai bossé forestier, opérateur photo dans un labo, dans l’industrie aussi, intérimaire, souvent des statuts précaires, service civil, maître nageur. J’ai repris une licence de sociologie à 27 ans, une année " ASSEDIC dans les îles ", j’ai réalisé des petits rêves, coupé la canne à sucre… Et à un moment, on se dit " il est temps de chercher un peu de sécurité ". Une vie c’est une œuvre. Il faut à un moment boucler, approfondir quelque chose. Le fait d’avoir des enfants m’y a poussé aussi.

J’ai bien préparé ce projet. J’ai pris des précautions, j’ai fait un prévisionnel, je me forme au maraîchage, pour progressivement construire une activité viable qui me dégage des contraintes financières, et me permette d’être plus libre.

Pour chacun les réponses sont différentes, mais chacun à un moment de sa vie, va être amené à faire quelque chose d’important. C’est tout le passage entre le rêve et la réalité. Le rêve est comme une bulle d’oxygène à portée de main qui permet de vivre au quotidien, on s’y habitue et on oublie. Tout le monde ne s’installe pas dans la bulle, car ça peut faire peur. Il y a beaucoup de facilités à la ville. A la campagne, tu te retrouves face à toi-même, cher lecteur - lectrice.

Ce projet s’est concrétisé grâce à des opportunités que j’ai su saisir car je m’y étais préparé;

Y a les relations à travers le temps, j’ai rattrapé des amies, amitiés, parents, tout un groupe de gens qui me faisaient suffisamment confiance pour me prêter de l’argent. Des connaissance personnelles même lointaines, mais suffisantes. Un " capital social ".

J’ai pas pensé tout de suite à faire une SCI pour récupérer 150KF. J’ai envoyé des lettres avec un projet écrit. J’ai fais 700 courriers. Ça a marché parce que le projet avait mûri et était clair, noir sur blanc sur le papier. J’ai reçu 200 réponses, d’encouragements, d’invitations à des rencontres, des propositions d’aides techniques par des personnes qui s’y connaissaient. Les gens m’ont répondu " je me rappelle, quand t’étais tout petit, t’avais 7 ans… "

J’ai ainsi récolté des promesses d’achats de part de la SCI. Ça m’a confirmé dans la confiance au projet, ça fait du bien, car y avait un des moments de perte d’énergie. Aujourd’hui j’ai 43 associés, pour 176 parts à 500F.

Ensuite, j’ai eu la chance de trouver un terrain.

Car même avec de l’argent, ou alors il en faut beaucoup, c’est difficile de trouver de la terre pour cultiver. J’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui était d’accord pour me vendre une partie de son terrain dans de bonnes conditions, un voisin qui était un ami.

Sans ce réseau familial et humain avec mon environnement, il aurait fallu que je travaille 40 ans pour pouvoir m’acheter une bicoque. A30 ans, j’avais pas envie de ça. Y a sûrement d’autres solutions.

Chacun peut trouver ce qui est adéquat pour lui.

Au départ il faut faire le point. Je suis revenu  des écovillages.

Le financier et le foncier sont liés mais pas complètement indissociables. Sans argent, on se regroupe et on vit ensemble. Il m’a semblé que les écovillages, c’était pas trop pour les RMistes.

J’ai rencontré dans les groupes beaucoup de difficultés à cause du manque de cohésion. Je me sentais pas capable de travailler en groupe. Je ne suis plus dans l’idée de monter quelque chose de collectif, quitte à m’associer plus tard.

Ce projet correspond à mon état d’esprit du moment.

Tout ce qui est préparation, courriers, contacts, administrations, technique de culture, je l’ai fait moi-même, j’ai contacté des associations intermédiaires, mais j’en suis vite revenu, parce que finalement, c’est des pompes à fric qui, vivent de subventions, qui font du social et de l’assistanat, mais qui n’accompagnent pas vraiment les projets déjà avancés.

Ils aident seulement à définir un projet et indiquent des portes. Ils m’ont dit ce que je savais déjà, c’est-à-dire que c’est difficile de trouver des terrains. Les gens que j’ai vu dans leur réunion, ne trouvaient pas de solution à leur problème de foncier. Elles servent plutôt à cautionner en système de réinsertion qui ne met pas en cause le système de l’exclusion. Elles encouragent le cercle vicieux " emprunt/ production/consommation ".

Elles mettent du temps mais elles commencent à s’adapter à la pression de la réalité : de plus en plus s’installent sans demander la DJA, et de plus en plus de nouveaux installés, sur de grosses exploitations sont super endettés et ne s’en sortent pas.

FUKOWAKA dans son livre " la révolution dans un grain de paille " a bien démontré les relations entre agriculteurs, banques et industriels, avec des conséquences de plus en plus graves.

Je préfère des gens qui comme "Droit Paysan " vont aux ventes de la SAFER, essaient d’intervenir au niveau politique, et qui, quand y a des terrains libres et inutilisés, les occupent par l’action directement. On peut se regrouper pour s’installer à la campagne, j’ai choisi de le faire individuellement.

Juridique

Je suis en train de mettre au  point les statuts. Quand t’as réuni les associés, il y a plein de trucs à faire, notaire, frais, conseil de gérance, déclaration au greffe, compatibilité, …

Comme je connais les associés, ils adhèrent à mon projet écrit en dehors des statuts, et ça diminue les risques de conflits par rapport à un appel public.

La société, une fois constituée, va acheter la maison ; le notaire regarde les statuts et vérifie la conformité. Sinon faut modifier les statuts et recommencer.

Je suis propriétaire de parts et je loue à la SCI. Les 3 premières années c’est gratuit. La liste des associées fait partie des statuts. Attention, ça coûte 350 F à chaque fois. Si d’autres mentions changent dans les statuts, ça peut coûter 900F. Donc une fois par an, on regroupe toutes les modifications (vente ou achat de parts, ...).

Comme 60 associés, c’est compliqué à gérer, j’ai favorisé les groupements d’associés. Il y a 3 acheteurs principaux, qui vont racheter progressivement la totalité des parts pour en faire une SCI familiale. Au fur et à mesure, j’enverrai aux anciens sociétaires des infos sur d’autres SCI ou GFA mutuels qui se créent ailleurs.

Tout ça est en route. Le premier bilan est dans trois ans.

1) foncier : là, je peux démarrer, cultiver.

2) trouver les marchés, avoir des cultures qui marchent

J’ai choisi de monter seul le projet, mais pour cultiver la terre, je cherche quelqu’un avec qui travailler les cultures et réaliser, car tout seul je peux pas m’en sortir sans m’épuiser.

A deux ou trois on travaille mieux, avec moins de contraintes, on résout mieux les problèmes.

Michel

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