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Monnaie et Abondance Durable
Réponse de François Thonier

Sous le titre "l'argent du Millénaire et l'Abondance Durable", Passerelle Eco N°3 (printemps 00) a fait paraître un article qui me semble tout à fait digne d'attention par l'originalité de son approche et ses aspects positifs, mais aussi par ses limites qui me semblent représentatives de celles de la plupart des réformes proposées par notre société.

Trois perspectives dans ce texte me semblent particulièrement intéressantes :

· Le recentrage de l'économie sur celle de son instrument de fonctionnement et d'évaluation : la monnaie.

Le choix d'une démarche de pensée orientale : le yin et le yang, ce qui nous fait sortir de l'enfermement habituel (dans ce domaine) de la pensée occidentale

L'idée que le choix d'une monnaie adéquate peut permettre l'abondance durable pour tous.

Mais ces 3 approches ne sont pas exploitées comme elles devraient, car elles ne sont pas conduites avec assez de rigueur et de détermination, de manière radicale (cad non pas extrémiste, mais qui va aux racines, aux causes profondes)

En effet :

Même si la monnaie recèle une part de "mystère", elle peut être définie plus précisément par son mode de création, par son rôle économique et par son rôle social.

Dans la pensée orientale, le Yin et le Yang sont inséparables et étroitement enlacés. Ils forment un tout : le Tao, et chacun d'eux inclut également une part de l'autre de même que chaque homme porte en lui sa part féminine (anima) et chaque femme sa part masculine (animus). Il m'apparaît donc que Hildur Jackson (et donc Bernard Lietaer) ne sont pas fidèles à cette pensée orientale à la fois dialectique et unitaire : ils la dénaturent en l'interprétant selon le schéma dominant de la pensée occidentale discursive et dualiste.

Sans définir l'abondance, par rapport aux besoins réels des êtres humains (et aussi - pourquoi pas ? - par rapport à leurs désirs les plus authentiques : amour, compréhension, liberté, … ), comment apprécier l'efficacité d'une monnaie ? De même je crois utile de définir le caractère durable de cette abondance : non pas faire reculer les échéances écologiques et sociales de quelques années, mais établir progressivement une économie d'abondance permanente.

Définissons d'abord la monnaie.

Son rôle premier est de permettre les échanges de biens entre les personnes et entre les groupes humains. En second lieu, il est de permettre des échanges équitables en mesurant la valeur d'échange de ces biens. Enfin, il est de mesurer la valeur de la production des biens, donc aussi la valeur du travail effectué pour cette production.
Comme le dit Hildur Jackson, la monnaie doit aussi résulter d'un consensus conscient de la communauté ( est-ce le cas pour nos monnaies actuelles ? )
Ainsi la monnaie est la représentation d'une richesse et la mesure de celle-ci. Elle n'est nullement une richesse en soi, et n'est utile (ne "travaille"), que lorsqu'elle sert à échanger. Par ces 3 fonctions intimement liées, la monnaie permet de distribuer l'abondance, de répartir les richesses en les diffusant.

Venons en maintenant à l'abondance durable.

Elle ne peut mériter le nom d'abondance que si elle assure en quantité et en qualité la satisfaction des besoins fondamentaux :
D'abord les plus indispensables : l'air et l'eau dont la qualité est primordiale pour la santé.
ensuite la nourriture qui entretient l'organisme
puis l'habitation et les vêtements qui nous protègent
Enfin, les besoins sociaux : déplacements (transports), culture, santé, éducation …

Les ressources de la planète en nourriture, en air, en eau et en matières premières permettent-elles de donner cette abondance à tous ses habitants de façon durable, permanente ?

Dans le cadre de la prétendue "économie" (= gaspillage !) actuelle, certainement pas ! Pourtant les techniques qui permettent de la réaliser existent. L'ensemble de ces techniques - depuis celles de l'agriculture synergétique jusqu'à celles du développement personnel en passant par celles des énergies renouvelables - constitue la permaculture, la civilisation durable, permanente.

La condition principale pour que ces techniques se répandent sur l'ensemble de la surface du globe est l'adoption de véritables monnaies qui soient aussi Yin et Yang.

La dimension Yin de l'être (féminin) est son côté intuitif, concret et individuel, et aussi son aspect 'repos', ce qui en économie me semble être la consommation. La dimension Yang de l'être (masculin) est son côté rationnel, abstrait et général et aussi son aspect activité, ce qui en économie me paraît être la production.

Dans la nature, Yin et Yang alternent régulièrement, se générant mutuellement car chacun porte en lui le germe de l'autre et loin de s'y opposer brutalement, s'unit à lui sous une infinité de formes. La sagesse consiste à retrouver leur unité fondamentale, le tao, cette "harmonie invisible" qu'avait déjà découvert en occident Héraclite, contemporain de Lao Tseu, mais aussi du bouddha Gautama et de Zarathoustra .

Ecoutons Héraclite :
L'harmonie invisible surpasse celle qui saute aux yeux.
L'opposition crée la concorde. De la discorde naît l'équilibre suprême.
En changeant, chaque chose trouve son repos.
L'homme ne saisit pas qu'en se contredisant, les choses s'accordent…
Dieu est jour et nuit, hiver et été, guerre et paix, satiété et privation, …
La nature du jour et de la nuit est une, …
Sur la circonférence d'un cercle, le commencement et la fin se confondent

C'est parce que le Yang est coupé de ses liens au Yin qu'il se dénature et perd ses fonctions originelles, ce qui mène les monnaies "à la centralisation, à l'accumulation par un petit nombre qui investissent dans des biens à court terme", et fait qu'elles "entretiennent leur rareté et créent la compétition".

Bernard Lietaer et Hildur Jackson ont compris que ces monnaies ne satisfont pas les besoins économiques, mais leur prise de conscience ne va pas jusqu'à la compréhension que ce ne sont plus de vraies monnaies mais de fausses monnaies.

Voyons maintenant comment estimer les monnaies inventées par l'humanité.

Très vraisemblablement les premières monnaies qu'a connu l'humanité furent des monnaies de type Yin telles celles décrites par Marcel Mauss dans "L'essai sur le Don" (potlach , Kula , …) ce qui n'a rien d'étonnant, puisque les éthnologues s'accordent à dire que ces sociétés furent matristiques .

Elles consistent en accord de don réciproques. Ces monnaies incluent un aspect Yang de mesure implicite selon une échelle de valeurs reconnues socialement. Elles s'appuient aussi sur des objets symboliques : coquillage, objets d'art, bijoux. Celui qui est le plus généreux reçoit le plus en retour et en retire en outre un grand prestige.

Les monnaies de type yang se sont développées avec le travail des métaux, les villes et les états. Elles dominent dans l'antiquité et au moyen-age. Ce sont essentiellement des monnaies métalliques à valeur arithmétiques (poids et/ou unité monétaire). Elles sont créées et définies par un pouvoir politique : c'est le droit régalien de battre monnaie. Les monnaies métalliques ont un coût (extraction du métal, fonte et moulage) et sont en quantités limitées d'où la nécessité des impôts. Elles ont une valeur en soi : celle du métal à laquelle on peut ajouter le coût de fabrication.

Aujourd'hui, la création monétaire n'ayant plus aucun coût, ni limite matérielle, les impôts et les taxes n'ont plus aucune nécessité, contrairement à l'opinion courante.

De même comme la monnaie n'a plus aucun support matériel, la croyance que la monnaie est une valeur en soi est dénuée de tout fondement.

Malheureusement pour les populations de ce siècle qui s'achève, ces croyances anachroniques et néfastes continuent à se perpétuer, entretenues par les financiers avec la complicité des politiciens et des prétendus économistes : ignorance ? mauvaise foi ? sans doute, mais surtout conformisme, lâcheté, peur de sortir des cadres établis, de perdre sa situation…

Lire l'article "Monnaies et Abondances Durable" de Bernard Lieater
dont cet article est la réponse.

 

Lire la réponse de Cheb

 

 

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